Quelle vie de coach

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Quelle vie de coach

Message par TomTomeke le Mer 16 Nov - 11:06

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Chapitre 1: La bière avait un goût de champagne

« Vous avez fait le taf ce soir les gars, je suis fier de vous.  Vous êtes resté concentré jusqu’au bout et les consignes du début de match ont été respectées.  Vous saviez que ce match tenait très à cœur à nos supporters comme nos dirigeants et ce soir vous leur avez offert de quoi faire la fête.  Pour vous récompenser, demain matin le décrassage est annulé et on se retrouvera dans l’après-midi pour une session tactique.  Nous y règlerons ce qui n’a pas été aujourd’hui et nous y préparerons notre prochain déplacement à Guingamp.  A demain et en forme ! Car si nous avons gagné un match important aujourd’hui, il nous en reste encore bon nombre avant de pouvoir fêter quoique ce soit. »

Ce sont sur ces mots et avec le sentiment du travail accompli que je quitte le vestiaire prêt à rentrer chez moi me reposer, demain sera une nouvelle journée éprouvante.  Les supporters et journalistes ne se rendent que trop peu compte de l’énergie que j’investis dans mon métier, c’est un travail qui m’accapare 24 heures tous les jours.  Même quand je dors, il m’arrive de rêver de nouvelles tactiques, de nouveaux entraînements, de nouvelles manières de travailler pour réussir les objectifs définis, et même les surpasser.  On doit me prendre pour un fou, mais, je dirais plutôt passionné.

Le pire c’est que dès que mon équipe tournera un peu moins bien, je serai directement cité comme responsable, lorsqu’un bateau coule c’est la faute du capitaine qu’ils se disent.  Mais, lors de grandes tempêtes, même les plus grands navigateurs ont déjà perdu le cap.

« Bravo pour aujourd’hui, belle victoire, bon travail, j’espère que tu continueras comme ça. »  
Le président vient d’interrompre brusquement le cours de mes pensées, je ne pense pas avoir entendu tout ce qu’il vient de me dire mais je suis obligé de répondre à mon employeur temporaire. « Merci Prési ça fait plaisir » lui dis-je. « On va essayer de continuer comme ça et pourquoi pas atteindre la 1ère place cette année.  Le PSG ne semble plus aussi intouchable que les dernières années », continué-je.  « J’aime bien votre audace, venez donc fêter cette victoire au-dessus avec les sponsors » me réponds-il. « Ils seront heureux de rencontrer l’homme qui arrive à sublimer les qualités de ce groupe ».  Ne pouvant refuser sa proposition je le suis, silencieusement, jusque dans la salle où se sont réunis tous les mécènes du club. « Un verre de champagne ? », me propose-t-il.  « Une simple bière ça ira », lui réponds-je humblement.

Le président m’ayant enfin lâché, au milieu de ce troupeau de cols blancs, je peux enfin retrouver mes pensées.  Qu’est-ce que je fais ici ? Je n’ai jamais fait du football pour qu’une personne puisse m’exhiber devant ses compagnons de fortune.  Je ne suis qu’un nouveau jouet qu’un enfant se presse de montrer à ses copains avant de le laisser dépérir dans le coin de sa chambre lorsqu’il sera dépassé, ou pire, qui finira sur une brocante au milieu de vieux cd et de décorations aux goûts plus que douteux.  Je ne suis qu’un brol à la date d’expiration certaine mais inconnue bien que proche.

Je sens mon bras partir, que me veut-on encore ? Sûrement, un chef d’entreprise me demandant si je voudrais bien prendre une photo pour qu’il puisse l’encadrer et la déposer sur son bureau pour faire saliver ses employés en leur faisant croire qu’on se connait depuis des lustres ; qu’est-ce que je les hais !  « Est-ce que tu, … vous voulez bien prendre une photo avec moi s’il te plait ? » me demande si gentiment un enfant au maillot niçois décorés par plusieurs signatures.  « Ne dérange pas le monsieur », l’invective une personne qui doit être son père.  « Il doit être occupé et puis, pourquoi tu veux faire une photo avec lui, tu ne le connais même pas ? », persiste-il.  « Ce n’est rien, calmez-vous monsieur, votre fils ne me dérange absolument pas, il doit juste être fan de notre merveilleuse équipe qu’est l’OGC Nice.  Je ferais une photo avec plaisir », l’interrompé-je d’un air amusé, bien que scandalisé par la manière dont il traitait son fils.  Je discute un peu avec l’enfant dont j’apprends que le nom est Tom, en laissant le plus possible à l’écart son père qui me semble être le plus gros conn*rd de la soirée, et je prends plusieurs photos avec lui.  « Je te donne mon numéro de GSM et, si tu veux une fois venir participer à un entraînement de l’OGC Nice tu demanderas à ton papa pour qu’on s’arrange pour que je t’y amène, d’accord ? », lui proposé-je.  Je vois finalement repartir cet enfant, sûrement la seule personne innocente de cette soirée, des étoiles plein les yeux, avec son père ingrat et je suis content d’avoir pu, si facilement, contribuer à son bonheur.

Mr Rivère revient vers moi et me tend mon verre de bière à la main.  « Santé ! », me crie-t-il, heureux.  « C’est une première pour moi, une bière dans un verre à champagne, on ne voit ça qu’à Nice », lui réponds-je en rigolant.  « C’est pour ça que Nice est unique ! », conclut-il, fier de sa trouvaille.  Il prend ensuite le micro et demande à tout le monde de se taire, l’heure du discours, de ma présentation, de mon calvaire est arrivé.  « Je suis fier de vous présenter une personne très chère à mes yeux, celle en qui j’ai remis toute ma confiance et qui, pour l’instant, ne me donne que des satisfactions, l’entraineur de notre club tant aimé, Mr … Tomeke !!! » commence-t-il.  « Pour beaucoup d’entre vous, il vous était encore inconnu avant sa prise de fonction, beaucoup d’entre vous se sont posés des questions quant à sa nomination, beaucoup d’entre vous pensaient qu’il n’arriverait pas à atteindre les objectifs et qu’il allait nous décevoir, beaucoup d’entre vous pensait que je devenais fou en engageant comme entraineur une personne inexpérimentée.  Mais, une nouvelle fois, je vous ai prouvé que vous vous êtes trompé.  Mr Tomeke était la personne idéale à ce poste et les résultats de l’OGC Nice le démontre !  Il réussit pour l’instant un travail fabuleux et il m’a même confié qu’on pourrait être champion ! Vous vous imaginez ? L’OGC Nice champion dès cette saison ! Ce serait magnifique n’est-ce pas ? »

Son discours terminé, j’eu droit à de nombreuses serrages de mains et de banales conversations auprès de personnes inintéressantes.  Après une heure d’exposition mécènique, je prétextais une journée chargée à mon président pour pouvoir m’échapper de cette prison de verre.


Dernière édition par TomTomeke le Mer 16 Nov - 11:21, édité 2 fois

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Message par TomTomeke le Mer 16 Nov - 11:06


Chapitre 2 : Un échec retentissant

Ces gens me font pitié ! Aux habits identiques, aux discours identiques, aux idées identiques, aux vies identiques, ce sont de véritables petits clones ! Ils pensent que leurs argents les rendent libres, les rendent meilleurs que nous mais ils finissent asservis à ces nombres. On se croirait dans des soirées remplies par des Sims aux discussions stériles. Heureusement que j’ai pu m’en échapper ! Et mon président, que dire sur lui ? Au moins il me fait rire, il reste la dernière personne atypique parmi tous ses moutons. Je trouverais même son extravagance formidable si ma carrière n’était pas dépendante de son bon vouloir. « Une bière dans verre à champagne, Nice champion cette saison » m’étonné-je à haute voix, seule dans ma voiture. Cette personne est unique, et heureusement, le bordel que ce serait si tout le monde était comme lui, mais ce serait un joyeux bordel au moins, est-ce pire qu’un morne cloître ?

Mais qu’est-ce que je fais ici ? Je n’habite pas de ce côté de la ville pourtant. Machinalement, je me suis conduit vers un bar que je fréquente souvent après certaines journées éreintantes. Celle-ci avait pourtant été bonne avec la victoire dans le derby mais une heure passée parmi les hautes sphères me fatigue plus que n’importe quel match. Je me gare et vois encore passé quelques supporters chantant à notre victoire, la soirée sera bonne pour eux et je me dis que c’est un peu grâce à moi. Finalement, je décide de passer la porte du bar et le patron m’offre mon habituelle Triple Karmeliet. Au début de l’été il n’en vendait pas, aucun bar n’en vendait dans tout Nice et, lorsqu’il a appris que j’étais le coach de l’OGC Nice et que c’était ma bière favorite, il a directement fait venir plusieurs bacs de Belgique et l’a mis dans les suggestions comme « Bière du Coach ».

Cet homme est génial, un corse expatrié à Nice depuis une dizaine d’année, je retrouve dans son bar l’ambiance des tavernes de mon pays natal. Il m’avait accueilli à bras ouvert avant même de savoir qui j’étais, une telle personne contraste tellement avec certaines j’ai pu rencontrer dans cette ville. Venir ici me ressource, après avoir passé ma journée dans un milieu de requin.

« Bravo coach, tu as fait du bon boulot aujourd’hui, tu as bien mérité cette pintje comme vous dites », me lance-t-il.
- « C’est bien Marco, tu n’es pas rancunier à ce que je vois, je pensais que tu allais plus déçu de la défaite de ton équipe », lui réponds-je d’un air moqueur.
- « Ah, ça c’est ce que tu crois, mais dès demain on va te kidnapper avec quelques amis et, hop, tu seras obligé de coacher Bastia ! », rétorque-t-il avec humour, enfin j’espère…
- « Mais non, vous avez un très bon coach à Bastia, je ne sais pas si je serais capable de faire le même travail avec la qualité de son groupe. 6ème ! Ca fait combien de temps que vous n’étiez plus arrivé à vous maintenir à cette place ? », l’interrogé-je avec, tout de même un peu moins d’assurance qu’auparavant.
- « Avoue, tu as eu peur ? », me questionne-t-il en rigolant. « Je sais très bien que le Jeannot fait du bon boulot à Furiani mais bon, s’il remet une fois Crivelli sur le terrain, je te jure … Moi et mes amis on va lui brûler sa voiture ! », s’emporte-t-il.
- « Allez, arrête tes conneries… Tu ne vas rien brûler du tout… Et vas servir la dame, elle attend depuis 10 minutes et avec tes bêtises elle va prendre peur… », lui conseillé-je.
- « Mais elle n’a qu’à attendre, c’est encore mon bar ici, et si je veux finir ma conversation avant de la lui servir, je finirais ma conversation ! On n’est quand même pas aux pièces ici ! Si tu veux que Madame soit servie, tu n’as qu’à la servir toi ! Petit malin va ! », aboie-t-il avec sa même humeur de dogue anglais.
- « Mais il n’y aucun problème, allez bouge-toi du bar », l’invectivé-je. « Alors chère Madame, avez-vous fait votre choix ? », la questionné-je d’un air pompeux.
- « Un verre de vin blanc très cher. Pouvez-vous l’apporté à ma table se serait honorable de votre part », me répond-t-elle sous la même intonation.

Finalement, je décide de répondre à son invitation et je laisse mon ami à l’humeur bougonne derrière son bar, il ne m’en voudra guère, je le sais. Nous avons eu une agréable discussion, dans laquelle j’ai appris que la jeune femme aux cheveux bruns courts et au sourire radieux était une avocate de Nice, qui s’arrêta brusquement par une retentissante claque ayant atterrie au milieu de ma joue droite, elle était gauchère la friponne.

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Re: Quelle vie de coach

Message par TomTomeke le Mer 16 Nov - 11:20

Chapitre 3 : Une nuit agitée

Ayant retrouvé mes esprits, je me redirige vers le bar où tout avait pourtant si bien commencé et je me fais accueillir par un « Dis-moi que tu ne te l’a pas prise pour une de tes blagues graveleuses celle-là, on l’a entendue jusqu’à l’Allianz Arena ! » de Marco hilare.
- « Non non t’inquiètes mais elle n’a vraiment pas apprécié que je sorte l’alliance de mon portefeuille lorsque la discussion commençait à devenir un peu trop caliente », lui réponds-je d’un air ahuri.
- « Ah mais qu’est-ce que t’es con quand même, pourquoi tu as fait ça ? Ca fait combien de temps que tu n’es plus avec ta femme de toute façon ? Moi à ta place, je n’aurais pas hésité une seule seconde ! », m’assure-t-il.

C’est vrai, pourquoi j’ai fait ça ? Cela fait depuis plus d’un an qu’elle m’a quitté avec mon fils et j’en suis toujours au même point. Non, je suis même dans un pire état qu’avant ; je dois être un handicapé sentimental ! Mais, qu’est-ce que je ne donnerais pas pour les retrouver…

Une nouvelle personne m’agrippe par la manche, je déteste que l’on me fasse ça, c’est la manière la plus brutal pour sortir quelqu’un de ses pensées. « Eh, c’est toi le coach de l’OGC Nice, Tim Tamika ? », bégaye un homme d’une quarantaine d’années visiblement éméché. L’homme vêtu d’un maillot de l’OGC Nice et le visage peint aux couleurs de notre club n’est pas troublé par mon absence de réaction et surenchérit « Je suis un supporter de Nice ! ».
- « Ah, je ne l’avais pas remarqué », réponds-je ironiquement.
- « Pourtant j’ai le maillot et … mon visage », réplique-t-il en me montrant de son doigt aux mouvements fébriles sa face colorée. « Mais c’est pas grave, c’est parce que tu dois être un peu soûl, que tu n’as pas dû le remarqué. Ca arrive même aux meilleurs tu sais ! », me rassure-t-il.
- « Ca doit être ça ! », poursuis-je toujours sur le même ton. « Alors comment vous avez trouvé le match ? Trouvez-vous qu’on a bien joué ? », le questionné-je en rigolant. En lui posant la question, je me rends compte, trop tard que j’aurai dû éviter… Mais bon que voulez-vous, je les aime mes petits supporters ivres morts. Eux, ils ne mentent jamais, même si c’est parce qu’ils n’en n’ont plus la capacité.
- « Ouais c’était un super match ! Victoire 2-0 contre nos ennemis corses c’est super ! J’emmerde les Corses !!! », crie-t-il juste à côté de Marco qui reste, à mon grand étonnement, imperturbable.
- « Calme toi sur les Corses, ils nous ont toujours rien fait, certaines fois, il faut avoir la victoire modeste… », le persuadé-je. « Sinon sur Nice alors, comment vous trouvez notre début de saison, content ? », lui demandé-je pour détourner son attention de ces dangereux Corses.
- « Ouais, vous faîtes du bon boulot. Mais en janvier, il faut transférer ! », m’ordonne-t-il.
- « Ah bon, pourquoi ? Il n’y a pas assez de qualités dans notre équipe pour qu’elle soit compétitive ? », l’interrogé-je, étonné par sa demande.
- « Oui, de la qualité il y en a, mais bon, vous me comprenez… Balotelli et Plea qui tiennent notre attaque, Seri et Cyprien notre milieu, Dante notre défense… Koziello, voilà un jeune de chez nous qui faut mettre en avant, il est super bon ce gamin. Vous l’avez compris en plus avec les transferts de Zarate et Ryan. On a besoin de plus de joueurs de chez nous ! Eux, on peut leur faire confiance !», me répond-t-il de son air le plus sérieux possible alors que sa peinture commençait à dégouliner à cause de la chaleur du bar et de celle dégagée par l’alcool accompagné de son haleine.
- « Mais qu’est-ce que vous dites comme conneries encore ? Ryan et Zarate sont australiens et argentins alors que Cyprien et Plea sont tous deux français. Vous dîtes n’importe quoi, on fait pas nos choix par rapport à la nationalité du joueur, on regarde juste leur talent et ce qu’ils peuvent apporter à l’équipe ! », m’offusqué-je en haussant le ton, agacé par ses basses réflexions.
- « Mais arrêtez, vous ne devez pas faire semblant avec moi, je ne suis pas un journaliste et je ne vais rien dire à personne. Je sais que vous m’avez compris en mettant Salam Belhanda sur le banc. Pas besoin d’un terroriste sur le terrain après ce qu’ils ont fait à nos compatriotes ! Demandez au Corse, je suis sûr qu’il sera… »
Je ne lui ai pas laissé l’occasion de terminer sa phrase.

De retour dans la voiture je commence à me questionner, je ne suis pas une personne violente d’habitude, pourquoi j’ai réagi comme ça ? Même si ces propos sont odieux, généralement, j’arrive à gérer ses personnes imbibées d’alcool, elles me font même plutôt rire. Est-ce à cause des souvenirs funèbres des deux amours de ma vie ?

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